Opinions - 15.01.2020

Mohamed Moncef Saïd: Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République

Il m’a été donné de souligner, spontanément, dans mon livre de mémoires que j’ai commencé à écrire en 2014, et qui a été édité en mai 2019, que les constitutionnalistes tunisiens, dont j’ai cité par les nom et prénom quelques uns, y compris vous-même évidemment, sont en mesure de bien assurer les fonctions de Président de la République. C’était à l’occasion de l’évocation de mes études de sciences économiques à la Faculté de droit et de sciences politiques et économiques de Tunis, et, particulièrement, du cours de droit constitutionnel qui nous était dispensé par un professeur français, en 1968, alors en première année. Sans pour autant vous connaître de près, je me considère déjà très honoré d’avoir eu ce qui ressemblait à une espèce de prédiction, de bon augure, de votre accession à la magistrature suprême dans notre chère Tunisie, qui vit, depuis l’avènement de la Révolution, les conséquences de plus en plus amplifiées d’une crise profonde, notamment sur les plans économique et financier.

Faute d’une vision globale, claire et précise, les gouvernements qui se sont succédé depuis lors, n’ont pas su malheureusement l’éviter. Bien plus, la crise ne fait que s’accentuer de jour en jour avec les incessants tiraillements politiques et les futiles calculs partisans, pouvant mettre, d’ailleurs, en péril l’application des réformes de toute nature que vous avez l’intention d’entreprendre dans le cadre de votre mandat.

La réussite de celui-ci est tributaire, à mon humble avis, non seulement de la concrétisation des réformes envisagées au niveau politique, mais aussi, et surtout, de la mise à exécution d’un programme devant mettre fin au phénomène de paupérisation grandissante de la majeure partie de la population, etinjecter l’espoir dans les régions déshéritées. Ce même programme doit privilégier, d’un côté, la relance de la croissance en encourageant l’investissement pour accroitre la production et réduire le chômage tout en maîtrisant en même temps l’inflation, et, del’autre,l’amélioration progressive des principaux indicateurs macroéconomiques,à même deconsacrer au final la sortie de l’ornière que connaît actuellement le pays à tous les niveaux.

Des plans de sortie de crise ont été établis sous forme de scénarii, séparément par Mustapha Kamel Nabli, ancien ministre du Plan et du développement régional et ancien gouverneur de la Banque centrale, et par Taoufik Baccar, ancien ministre des Finances et ancien gouverneur aussi de la Banque centrale ; le premier dans son livre intitulé ‘’J’y crois toujours : Au-delà de la débâcle… une Tunisie démocratique et prospère’’ , et le deuxième dans son livre ‘’Le miroir et l’horizon : Rêver la Tunisie’’. Deux valeureux ouvrages qui présentent, entre autres, une  analyse diagnostique de la situation en détérioration croissante sur les plans économique, financier et social, et des propositions de solutions pour l’affronter à court et à moyen termes. D’autres figures de renommée aussi, comme Ahmed Friaâ, Sadok Belaïd, Radhi El Meddeb, Habib Karaouli, Fadhel Moussa, Fadhel Abdelkèfi… n’en sont pas moins dotées de vision pour la période à venir.

La perte des grands équilibres économiques et financiers impose, à mon humble avis encore,l’impérieuse nécessité defaire appel, dans l’état actuel des choses, à l’un d’eux--ou pourquoi pas à l’ensemble dans un même gouvernement, puisque tous compétents, expérimentés et imprégnés des problématiques des régions et de l’administration--pour qu’il vous aide à faire sortir le pays de la mauvaise et délicate posture dans laquelle celui-ci se trouve.   

Mohamed Moncef Saïd
Ancien directeur général au ministère des Finances et ancien secrétaire général de la municipalité de Tunis

 

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