Opinions - 26.12.2019

Taoufik Bourgou: sommes-nous désormais en guerre en Libye et aux côtés de la Turquie ?

L’annonce faite par le président turc annonçant que la Tunisie a pris fait et cause pour le gouvernement Sarraj sonne comme l’acte 1 d’une recolonisation de la Tunisie par la Turquie. On pourra désormais avancer deux bornes historiques : « 1705 – 2019 ».

L’histoire retiendra que les deux prétendus dictateurs qui ont gouverné la Tunisie entre 1956 et 2011 n’ont pas fait ce qu’un président élu vient de faire : se faire imposer une guerre par une puissance moyenne, lointaine et qui est en rivalité avec la Grèce, l’Egypte, Chypre, Israël, la France, l’Italie, les Emirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite. Voilà ce à quoi a aboutit le slogan « Achab yourid » et ce à quoi a aboutit « Halet way ».

Notre président n’a pas été en capacité de comprendre l’enjeu, ni les conséquences prévisibles d’une visite humiliante, une visite du fait accompli. Ni lui, ni son entourage n’ont compris la sémiotique diplomatique de la politique de puissance d’Erdogan.

Le maitre de la Turquie s’est déplacé avec son ministre de la défense, celui de la sécurité et celui des affaires étrangères dans ce qui ressemble à un remake d’un accord de protectorat et une prise d’un corridor pour prendre à revers Tripoli. Avec une telle délégation on ne discute pas du développement du sud de la Tunisie, on ne discute que des modalités techniques de la tête de pont.
Le second épisode de cette visite de la honte sera un débarquement massif de troupes turques, depuis ou à côté du territoire tunisien. Il s’agit d’une aliénation de l’indépendance nationale et de la mise sous tutelle du pays. Rien moins que cela.

On ne pourrait faire de reproches, si le maitre de Carthage était un Marzouki ou un Ghanouchi, on attendait autre chose de Monsieur Kais Said qu’une réothmanisation du pays et une mise entre parenthèse, pour ne pas dire une rature historique de l’indépendance du pays.

Pire encore, le locataire de Carthage a-t-il mesuré l’impact d’un tel alignement dans un pays qui compte presque un million de réfugiés libyens de toute tendance sur le sol national ? A-t-il jaugé le poids des contre-alliances qu’il va susciter dans le monde arabe ? A-t-il été suffisamment conseillé par son entourage qu’un tel alignement couperait à terme la Tunisie de ses partenaires naturels et surtout de l’Europe occidentale ou vivent près d’un million de tunisiens ?

Avec l’acceptation du Diktat turc, dont les clauses resteront secrètes et occultes, le nouveau Président de la République vient d’échouer lamentablement son mandat, il montre son incapacité sur la scène internationale après avoir montré son impuissance sur la scène nationale.

Avec la crise gouvernementale, l’alignement sur la Turquie risque de faire de la Tunisie, une sorte de Mandchoukouo sous tutelle et bientôt sous perfusion turque.

Taoufik Bourgou
Professeur de science politique

 

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1 Commentaire
Les Commentaires
Dave - 26-12-2019 17:08

Notre cher président est plus préoccupé par le sort des frères palestiniens qui vivent bien mieux (entre autres grâce à l’aide internationale) que la majorité des pauvres Tunisiens. Pauvre de nous Tunisiens, il n’y a plus de commandant à bord du navire Tunisie. Erdogan, Le ‘’président’’ Saied et les frères musulmans complotent la fin de l’indépendance de la Tunisie en vue de pérenniser le contrôle de l’Islam sur la Tunisie ex-Moderee. Bourguiba, Beji Kaied Essebsi et Ben Ali doivent se retourner dans leur tombes, de voir qu’en à peine 8 ans La Tunisie a perdu toute légitimité internationale, a fait faillite et le peuple crève de faim!! ALLAH NE VOUS PARDONNERA PAS LES TRAÎTRES. Walla Àcha Fi Tounes Man Khanaha !! Et malheureusement les traîtres sont tellement nombreux

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