News - 14.12.2019

Pourquoi le premier ministre de la Malaisie, Mahatir Mohamad a été sacré l’Homme de l’Année au Forum de Doha (Abum photos)

Doha- De l’envoyé spécial de Leaders, Mohamed Taïeb. La politique a besoin de symboles et les discours, d’icones. Ouvrant samedi matin le Forum de Doha dédié cette année au thème de « ré-imaginer la gouvernance dans un monde multipolaire », l’Emir du Qatar, Sheikh Tamim bin Hamad a soulevé les applaudissements des 3000 participants en annonçant le sacre du Premier ministre de la Malaisie Dr Mahatir Mohamad, 94 ans, Homme de l’Année 2019. Il s’en servira en exemple et l’expliquera amplement. Tout le discours inaugural du souverain qatari était charpenté autour de la force de la légalité internationale qui doit l’emporter sur la loi de la force.

L’attachement au multilatéralisme et la solidarité de la communauté internationale ainsi que le dialogue et la concertation sont aux yeux de l’Emir Tamim, les leviers indispensables à activer pour relever ces redoutables défis qui menacent aujourd’hui les pays. « Nous ne devons pas perdre confiance dans la capacité de la légitimité internationale et il nous appartient de forger de nouveaux concepts et des mécanismes appropriés, ajoutera-t-il. Nous connaissons tous où nous conduit l’effritement des efforts commun, et le renoncement à cette légalité et quelles conséquences suscite l’abandon de certaines puissances de leurs responsabilités, face à la pauvreté, la migration, les réfugiés, l’extrémisme, la poursuite en justice des criminels de guerre. »

 

« Dans cette multitude de défis, indique Sheikh Tamim, des lueurs d’espoir pointent à l’horizon nous offrant des sources d’inspiration. Le Premier ministre Dr Mahatir Mohamad est un exemple édifiant de bonne gouvernance, il a réussi non seulement la transition économique et sociale de son pays, mais aussi le vivre ensemble harmonieux de toutes les confessions. Il a toujours été et le demeure encore déterminé dans la lutte contre la malversation, apportant sans faille son plein soutien aux nobles causes. Nous sommes en face à une éminence exceptionnelle qui à plus de 90 ans, incarne une jeunesse et une ambition débordantes et une volonté irréductible d’aller plus de l’avant. »

Bannir les sanctions injustes et ouvrir de nouvelles négociations commerciales équitables

Emu, Dr Mahatir Mohamad est très sensible à cet hommage ponctué. La veille, il avait été fait docteur honoris causa par l’Université du Qatar. A 94 ans (né le 10 juillet 1925), et après avoir conduit la Malaisie pendant 22 ans (de 1981 à 2003), il avait été porté de nouveau chef du gouvernement depuis 2018. N’ayant pas la langue dans sa poche, il ne se privera ce samedi matin, de dire tout haut devant un parterre de chefs d’Etat et de gouvernement, ainsi que d’illustres personnalités internationales, ce que beaucoup pensent tout bas. Ses messages seront directs.

« Les pays qui croient encore à leur capacité d’hégémonie doivent perdre leurs illusions et comprendre qu’ils ne font qu’attiser davantage les susceptibilités et les tensions, affirmera-t-il. Edicter des sanctions, imposer des idéologies, chercher à renverser des régimes et imposer des gouvernants sont inacceptables. Les sanctions économiques ne visent pas uniquement des Etats, mais pénalisent aussi et surtout des opérateurs économiques, leurs entreprises et leurs salariés, avec toutes les conséquences qu’on imagine. »

Dr Mahatir Mohamad n’ira pas par quatre chemins. « Aucune loi internationale n’autorise des sanctions qui sont inéquitables et relèvent d’une forme de dictature, ponctuera-t-il, faisant directement allusion aux sanctions américaines contre l’Iran. L’ONU doit adopter une résolution à l’encontre de ces pratiques, ajoutera-t-il. Aussi, les guerres commerciales renforcent les plus puissants au détriment des faibles et ne respectent ni les valeurs universelles, ni les droits de l’Homme. Les litiges commerciaux doivent être résolus par la négociation et le dialogue, voire s’il le faut en recours devant les tribunaux. »

Le Premier ministre de la Malaisie a appelé à l’ouverture de nouvelles négociations commerciales internationales « pour rééquilibrer les échanges mondiaux et permettre à chaque pays de préserver son économie, dans un accord global. « Il s’agit surtout, a-t-il précisé de protéger les économies émergeantes qui ont le plus besoin de protéger leurs ressources et de se doter de tarifs appropriés sur leurs importations. L’ouverture des frontières et la suppression des taxes leurs sont préjudiciables et elles doivent bénéficier d’une compensation d’une manière ou d’une autre. »

Intenses tractations diplomatiques

Si les débats accaparent l’attention en séances plénières et dans les différents panels de discussion, à l’hôtel Sheraton Doha où se tien le Forum, sous vigilante mais discrète sécurité, d’intenses rencontres au plus haut niveau se poursuivent dans des suites discrètes et d’autres palaces de la capitale qatarie. Particulièrement, la délégation américaine conduite par le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin et comprenant notamment Ivanka Trump la fille du président (comprenant également nombre de congressmen dont le Sénateur Graham), multiplie les entretiens. De son côté, le président du gouvernement d’union nationale en Libye, Faiez al Sarraj a eu une série de rencontre avec la délégation turque comprenant notamment le ministre des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, le ministre de la Défense, Hulusi Akar et le porte parole de la Présidence turque Ibrahim Kalin.

Mohamed Taïeb

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