News - 07.12.2019

Taoufik Blidi: Le plus chinois des Tunisiens à Shenzhen et Guangzhou (1/2)

Depuis plus de 30 ans, il n’a cessé d’explorer la Chine, y étudiant, puis y commerçant, accompagnant sa profonde transformation, en témoin de sa fulgurante ascension économique et technologique. Taoufik Blidi, ingénieur technicien en informatique, trader et conseiller en commerce international, y est comme un poisson dans l’eau. Ses racines profondes sont dans cette magnifique ville d’El Alia  qui surplombe la Méditerranée, à quelques encablures de Bizerte, et sa tête vadrouille partout en Chine, avec comme point d’ancrage Shenzhen et Guangzhou.

Shenzhen, ce petit village de pêcheurs devenu désormais capitale technologique au sud du pays, avec des gratte-ciel de 100 étages, Taoufik Blidi l’a vu naître depuis 1995. Flairant son boom, juste en face de Hongkong, c’est là qu’il avait choisi de s’établir après ses études d’ingénieur. Il sera l’un des premiers heureux résidents de la toute première tour qui comptait alors 14 étages, une merveille à l’époque...

Guangzhou, l’ancienne Canton, à 1h30 par voiture et un peu moins par TGV, est le cœur battant des transactions économiques. Sa célèbre foire internationale draine plus de 11 millions de visiteurs qui viennent du monde entier y faire leurs emplettes, des aiguilles aux usines.

D’El Alia à Shenzhen et Guangzhou, quel parcours pour Taoufik Blidi ! Une véritable saga où le hasard, la chance et l’effort, mais aussi la persévérance, la rectitude et la sagesse, se conjuguent avec la confiance et le sens de la responsabilité. Spécialiste avant l’heure en informatique appliquée et pressé de mettre, début des années 1988, ses compétences avant-gardistes au service de la Tunisie, il sera rapidement échaudé. Il devait en effet déchanter d’obtenir l’équivalence de son diplôme qui lui ouvrait la voie d’un recrutement au moins en tant qu’enseignant.

Premiers pas guère faciles...

Rien ne prédestinait le jeune lycéen en maths-technique à Bizerte qu’était Blidi, en décrochant son bac en juin 1987, à s’engager dans pareille aventure. Matheux, il fera partie de la première promotion de l’Institut préparatoire aux études d’ingénieurs de Nabeul (Ipein). Il n’y restera pas longtemps. Un concours pour une bourse d’études en Chine l’ayant séduit, le mettra en compétition avec des dizaines d’étudiants plus aguerris que lui. Il fera partie des six qui seront retenus. Cap alors sur Pékin pour une année d’apprentissage de la langue chinoise à Beijing Yuan Xue Yuan University. Nous sommes en 1988, la Chine bouillonne, et la place Tian’anmen est en effervescence. Le jeune étudiant tunisien observe discrètement et surtout cherche à comprendre ce qui se passe de plus profond dans ce pays depuis l’accession du président Deng Xiaoping au pouvoir, les grandes réformes engagées, l’ouverture internationale et le libéralisme économique qui s’amorcent.

La langue chinoise (le mandarin) n’est pas facile à apprendre, c’est-à-dire à comprendre et à écrire. Taoufik Blidi s’y exercera méthodiquement. Il inscrit alors à la filière de technicien en informatique à Nanjing University non loin de Shanghai, l’une des plus anciennes institutions d’études supérieures dans le monde et première université chinoise moderne. La langue chinoise devient «du chinois», encore plus ardue, lorsqu’il s’agit de mathématiques et d’algorithmes, avec en plus des accents qui changent selon les régions de cet immense pays. Qu’à cela ne tienne : à cœur vaillant, rien n’est impossible !

A vélo...

Taoufik s’accroche de toute son énergie pour comprendre, apprendre et interagir. «Il faut dire que mes professeurs ont été tous superbes, confie-t-il à Leaders. Ils étaient très attentionnés à mon égard, m’aidant à bien assimiler les cours, n’hésitant pas à m’inviter chez eux, si je le souhaite, pour des séances de révision. J’ai sauté sur l’occasion et dû m’acheter un vélo pour aller jusqu’à leurs domiciles. J’arrivais en début de soirée juste après le dîner (on mange tôt en Chine). Je trouvais alors mon professeur entouré de sa femme et de leur enfant unique. Il m’offrait un petit tabouret tout près de lui et sa femme nous préparait un thé bien chaud. Ces cours de rattrapage le soir m’ont été fort bénéfiques et je ne saurais aujourd’hui encore remercier assez mes professeurs et aussi bien le soutien de ses parents et des ambassadeurs successifs de Tunisie en Chine.»

Etudiant studieux et souvent lauréat de l’année, Blidi est aussi un grand sportif : athlète, il remportera tant de courses au 100 m et 200 m ; footballeur, il fera trembler les cages de buts foudroyants ; karatéka, il est redoutable... Le sport sera aussi son fer de lance parmi ses camarades d’université.

Diplôme d’ingénieur en poche après 5 ans d’études (en plus de l’année de langue), Taoufik Blidi avait  hâte de rentrer en Tunisie, en juillet 1993, caressant le rêve d’entamer une brillante carrière. Grande fut alors sa déception quand il apprend qu’aucune équivalence ne pouvait être accordée à son diplôme. «Sans rancune, se dira-t-il ! Dans chaque obstacle, il doit y avoir une opportunité à saisir.» Il ne cessera alors d’explorer les différentes alternatives possibles, mais finira par se résoudre à retourner en Chine, tenter sa chance.

Reprendre pied en Chine

Cette fois-ci, c’est à Hongkong que Taoufik Blidi décidera d’élire domicile. L’île chinoise (un Etat, deux systèmes) est en plein régime de croissance économique, servant de plaque tournante pour le commerce international avec la Chine et la finance. Ingénieur, maîtrisant parfaitement l’arabe, le français, l’anglais et le chinois, il aligne un profil très recherché par les compagnies locales devant traiter avec des clients étrangers. L’oiseau rare n’aura alors pas grand-peine pour décrocher un job intéressant. Deux ans durant, il fera preuve de compétence et de professionnalisme, ce qui lui vaudra l’estime et la considération de son employeur à tel point qu’il décidera de l’envoyer s’installer à Shenzhen, juste en face de Hongkong, à moins d’une heure de route.

C’était début 1995 ! Déclaré zone de développement économique dans le droit fil des réformes et initiatives du président Deng Xiaoping, Shenzhen amorçait alors son essor, attirant d’un côté de nouvelles entreprises, notamment en technologies, et de l’autre, de nombreux acheteurs étrangers. La mission de Taoufik Blidi était précisément de conseiller les uns et les autres pour faire aboutir leurs transactions, se spécialisant dans la clientèle africaine francophone. La compagnie de Hongkong qui l’employait comme directeur commercial lui avait demandé de se charger de tout, y compris la supervision des produits à livrer et leur expédition. Il s’en acquittera à merveille.

Ce nouveau métier, Taoufik Blidi l’apprendra rapidement et l’exercera méticuleusement. Toute sa concentration était sur le choix des bons fournisseurs, des bons produits, des bons prix, puis sur l’exécution des commandes à la satisfaction de toutes les parties. Bref, compétence et confiance. Il ne lui restait plus alors que de voler de ses propres ailes.

En 1997, un camarade d’université indien, Dr Shahul Hameed, membre de l’Apec Business Council, se rappellera alors au bon souvenir de Blidi. Economiste, il avait occupé après la fin de ses études de hautes fonctions dans des institutions officielles de son pays établies en Chine, notamment celles relatives au commerce. Leurs retrouvailles seront chaleureuses et d’emblée, ils décideront de s’unir pour constituer leur propre compagnie de commerce international à Hongkong.

Dès le départ, le concept a été forgé en service-client rigoureux et transparent, aidant les fournisseurs à mettre en valeur leurs produits et les acheteurs à bien choisir et négocier. Une fois cette séquence bouclée, il s’agit d’assurer le contrôle marchandises puis de veiller à son bon acheminement. Dans ce processus voulu vertueux, la concurrence déloyale bat son plein de part et d’autre. Mais, Taoufik Blidi et son associé ont fermement choisi la droiture, ce qui bâtira leur renommée de grande confiance. Opacité des tractations et des prix, négligence sur la nature des composants utilisés et inadvertance quant à la qualité requise et aux normes exigées, ce qui fait la fortune d’autres opérateurs, ne sont pas le genre de la maison Blidi & Co.

Le temps passe vite. Taoufik se mariera en 1999, et aura cinq enfants. Après un bref séjour à Shenzhen, la famille se résoudra à s’installer à El Alia. Blidi fera alors des allers-retours continus. Ce statut privilégié qu’il s’offre après tant d’années de labeur lui convient parfaitement. A El Alia, il s’investit pleinement dans la société civile, soutenant l’association sportive locale et d’autres activités. En Chine, il sert au mieux ses clients : vendeurs et acheteurs, avec comme souci majeur, la qualité du produit. Ravi de voir ses enfants grandir et réussir, heureux de mériter la confiance de ses partenaires, Taoufik Blidi, toujours égal à lui-même, savoure un bonheur bien mérité. Qu’il s’est forgé lui-même.

Taoufik Habaieb
Envoyé spécial à Shenzhen et Guangzhou

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1 Commentaire
Les Commentaires
atrous essia - 07-12-2019 14:32

merci leaders pour cer retouvailles a travers ce reportage ..tres heureuse de retrouver un ami tres cher que j ai connu a l institut des langues a pekin beijing yuyuan xueyuan ..

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