News - 08.11.2019

Décès du Dr Amor Chadli, le médecin atypique de Bourguiba (Album photos)

Un vrai personnage haut en couleur nous quitte avec le décès du Dr Amor Chadli (94 ans, il est né le 14 mai 1925 à Tunis). Il y a le médecin, premier anatomo-pathologiste tunisien, Mais aussi, le fondateur en 1964 et premier doyen de la faculté de Médecine de Tunis (jusqu’en 1973), le directeur emblématique de l’Institut Pasteur de Tunis pendant plus de 25 ans, entre 1962 et 1988. Et surtout, le médecin personnel de Bourguiba, son ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (1986), puis son directeur de cabinet (16 mai – 7 novembre 1987).

De son parcours, Dr Amor Chadli nous laisse deux ouvrages de références et nombre de témoignages publiés sur Leaders. A la première lueur de liberté, il a fait des révélations de première main sur la destitution du Combattant suprême, racontant dans le détail ce qui s’était passé au palais de Carthage dans la nuit du 6 au 7 novembre 1987, mais aussi, le régime de résidence surveillée imposé au Président et les supplices subis, jusqu’à sa mort. Sous le titre de «Bourguiba tel que je l’ai connu : la transition Bourguiba-Ben Ali », il nous introduit au fil de 600 pages, dans les coulisses du sérail jusqu’à l’intimité de Bourguiba, racontant avec force détails et nombre de documents, ce qui s’était tramé notamment depuis juillet 1986 pour « la déstabilisation du régime» et le sort réservé par la suite au premier président de la République.

Témoin oculaire pour avoir eu l’occasion de côtoyer Bourguiba pendant plus de 40 ans, il a tenu à écrire plus que des mémoires, une sorte de déposition pour l’histoire. Comment Bourguiba a-t-il été réveillé à l’aube de ce fameux samedi 7 novembre 1987 ? Que lui avait dit alors Saida Sassi ? Quelle a été sa réaction ? Dans quelles conditions avait-il été poussé hors du palais pour le conduire d’abord à Mornag, puis à Monastir ? Et, comment il a subi et vécu son isolement ? Autant de questions qui trouvent réponses comme la vérité sur la cabale pour faire partir Wassila, Allala Louiti et Bibi Jr, l’intrusion de Saida Sassi et le diabolique stratagème de Ben Ali et de son clan pour usurper le pouvoir.

Médecin personnel, compagnon de longue date, confident, mais surtout un proche qui partageait avec Bourguiba souvent sa marche quotidienne, ses repas et ses soirées, le Dr Amor Chadli était bien placé pour observer tout ce qui se fomentait, rapporte après recoupement, vérification et analyse, des faits qui éclairent l’histoire et nous restituer une autre facette de Bourguiba dans la tourmente, plus que de la trahison des siens, de la perfidie, comme il le rectifiera.

Le Dr Amor Chadli tient à son devoir de mémoire. Il il était «le seul présent, pendant cette période cruciale, à toutes les entrevues du Président». Après son premier ouvrage intitulé « Bourguiba, tel que je l’ai connu. La transition Bourguiba - Ben Ali », il était longuement revenu, documents à l’appui, sur sa relation avec le Combattant suprême, les soins qui lui étaient prodigués et les intrigues du palais de Carthage, jusqu’à la prise du pouvoir par Ben Ali. Un deuxième livre lui a paru nécessaire à écrire, comme il vient de le faire sous le titre de La vérité dévoilée.
«Avec le recul du temps qui a permis un meilleur éclairage de la vérité, écrit-il en introduction, et par respect de la mémoire nationale, ai-je pensé utile, en ma double qualité de témoin et d’acteur, de revenir sur quelques points relatifs à l’histoire nationale avant et pendant le mandat de Bourguiba.» Le récit est instructif. On y réalise avec beaucoup de détails le calvaire vécu par Bourguiba, souffrant d’insomnie. Pour le Dr Chadli, c’est la conséquence d’un mauvais diagnostic de dépression qui était établi par certains médecins suisses, contre l’avis de nombreux autres médecins français, allemands et américains. Un acharnement thérapeutique sans fondement scientifique qui semblait avoir été toléré, si- non sciemment autorisé, par certains proches de Bourguiba. Pour preuve, Dr Chadli mentionne le changement en catimini de prescriptions médicamenteuses inappropriées...

Le témoignage du Dr Chadli foisonne de scènes vécues, surtout durant les derniers mois de Bourguiba à Carthage, détaillant nombre d’évènements. Une séquence peu connue, la proposition de constituer un «Comité constitutionnel de la République tunisienne», le Conseil constitutionnel n’était pas alors mis en place. Selon le projet de décret préparé à cet effet et soumis à la signature de Bourguiba, ce comité est «un organe consultatif», «chargé d’examiner les projets de loi que lui soumet le président de la République, garant du respect de la Constitution, dans le but de donner son avis sur leur conformité à la Constitution». L’article 3 est plus explicite : «Le comité constitutionnel peut être saisi par le président de la République pour examiner toute question touchant le fonctionnement des institutions.» Le projet de décret stipule également que «le comité constitutionnel est composé de dix membres choisis par le président de la République parmi les personnalités en activité ou à la retraite en raison de leurs compétences dans le domaine juridique et politique» (art.4). Plus encore, «le président du Comité constitutionnel est choisi par le président de la République en dehors des membres du comité.» (art.5).

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5 Commentaires
Les Commentaires
samir gharbi - 08-11-2019 13:54

C'était un grand homme, un de ses rares patriotes que la Tunisie a enfanté. Son livre - témoignage sur la vie de son patient Bourguiba - est à lire. Je le recommande vivement. Car il fait la lumière sur des événements obscures et des comportements bizarre de Bourguiba (qui était, révèle-t-il, sous l'effet de la drogues et autres médicaments cachés). Quand vous aurez lu vous comprendriez mieux l'oeuvre de Bourguiba et vous verrez d'un autre œil les personnes qui l'entouraient et qui l'avaient trahi. Certains de ses traîtres - ou complice pour leur inaction - sont encore vivants. L'avantage du livre de Si Chadli est qu'il cite des noms... et qu'il révèle des secrets médicaux.

Zitouni - 08-11-2019 14:54

C'est la fin d'une Epoque, l’Époque de la prospérité dans l'ordre et la discipline et l’Honnêteté et le courage et le bravoure du commandant suprême. Ce personnage ne peut mourir et restera un exemple pour notre pays mais aussi pour le monde.Un repos éternel en paix .

samir zalila - 08-11-2019 20:17

Plus que le médecin atypique de Bourguiba, Si Amor Chadly était avant tout un éminent Professeur dans une branche de la médecine, autrefois déserte, l'anatomo-pathologie, un batisseur qui avec les Essafi, Mestiri, Ben Ismaïl pour ne citer qu'eux a fondé sur des bases solides une Faculté de Médecine d'excellente réputation, un Directeur de l'Institut Pasteur qui a su palier au départ des responsables français. Si Amor, une personalité dont on se souviendra et qui mériterait pour le moins un hommage national. Qu'i repose en paix.

Dr Abdelkrim Alileche - 09-11-2019 01:36

Il etait un de mes professurs d'Anatomie Pathologique. Fondateur de Faculte de Medecine de Tunis. Un excellent homme de science. C'est tout ce que je sais de lui. Je ne sais rien de sa carriere politique.

NOUILI - 11-11-2019 08:30

vous avez omis l'extrait du livre qui est très révélateur des magouilles de Ben ali au sujet de ce projet de ce conseil constitutionnel: "..... il est aisé de comprendre que ce projet a été préparé de concert avec Zine Ben Ali. Sa présence au palais de Monastir, ignorée du Président, laisse penser qu’il était venu pour connaître le résultat de l’entrevue. Peut-être pensait-il déjà à une structure légale qui permettrait de reléguer le Président à un rôle consultatif? Ou était-ce un moyen de compromettre Rachid Sfar aux yeux du Président? et il convient aussi d'évoquer le témoignage de Dr Amor chedly sur l'implication direct de Ben ali dans les explosions qui ont eu dans les hôtels de Monastir et qui ont été imputés à des islamistes très vite jugés et pendus ! Paix à son âme Professer Amor CHEDLY, un bâtisseur de la Tunisie moderne. dans le silence.

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