News - 06.11.2019

Kamel Chaabouni: Suivre le modèle de développement de Singapour c’est urgent et salutaire pour la Tunisie!

Pourquoi se torturer l’esprit, pourquoi faire ses propres expériences de développements économique et social ? Subir des échecs, puis recommencer à zéro ! Tenter une nouvelle expérimentation suivie d’un nouvel échec de développement, et finir par appeler la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI) à la rescousse, accepter leurs conditions humiliantes, désastreuses et infamantes pour crouler sous des prêts qui ne serviront qu’à financer le budget de fonctionnement de l’État, c’est à dire à payer des fonctionnaires pléthoriques, inefficaces et incompétents ! Pourquoi ne pas suivre un modèle qui a fait la démonstration de son succès, se mettre dans un moule qui a réussi et fait ses preuves dans un petit pays devenu le symbole planétaire de la réussite économique ? Ce modèle existe bien, il s’appelle Singapour ! Tout le monde, experts comme simples visiteurs, s’accordent à dire que ce micro pays a triomphé, en quelques décennies il a accompli un vrai miracle économique et une réelle réussite sociale !

Comparons le microscopique Singapour à la Tunisie. Cette cité-Etat a pris son indépendance par rapport à la Malaisie en 1965, la Tunisie l’a devancé de neuf ans, en 1956. Ce minuscule État ne dispose que de quelque 719 km², la Tunisie compte 163 610 km², c’est à dire, 227 fois plus petit que notre pays. Les langues officielles de Singapour sont au nombre de quatre, pas moins, l’anglais, le malais (langue des autochtones), le mandarin (chinois officiel) et le tamoul (langue indienne).  La Tunisie, « fière de son arabité » se contente de la seule langue arabe classique, non vernaculaire par ailleurs, comme langue officielle ! Elle ignore, voire elle méprise la langue de ses autochtones berbères. Même si le français est officieux, la constitution de 2014, produit de l’esprit tunisien sous emprise islamiste et dogmatique, ne l’a pas érigé en langue officielle, quand bien même le JORT (journal officiel de la République tunisienne) soit édité outre en arabe classique, en langue française, sans parler de l’anglais ! En 2017, Singapour était peuplé de 5 888 926 habitants, la Tunisie de 11 434 994 âmes. La densité de Singapour est de 8188 habitants au km², la Tunisie 70 h/km². Le PIB (produit intérieur brut) en 2013 de Singapour était de 323,91 milliards de us $, celui de la Tunisie est à peu près le dixième, soit 39,88 milliards de us $ en 2017, son PIB par habitant était de 55 182 us $ en 2013, celui de la Tunisie 12000 us $, en 2017.

Qu’est ce qui explique cette disparité abyssale entre les performances sociales et économiques de notre pays avec celles du minuscule État singapourien ?

Une explication peut se trouver dans la stabilité politique remarquable de Singapour considéré aujourd'hui comme une « démocratie autoritaire » ou « dictature bienveillante » avec la même famille au pouvoir depuis l'indépendance. Singapour pratique en effet le libéralisme économique sans le libéralisme politique. Mais la Tunisie, engagée dans une voie démocratique effective depuis la glorieuse révolution de 2011, ne peut plus se satisfaire du modèle politique Singapourien. Les tunisiens ont profondément souffert depuis 1956 des dictatures de Bourguiba et de Ben Ali pour laisser le pouvoir à un nouveau Combattant Suprême « al-Moujahed al-Akbar » ! En 2014, la Tunisie a adopté en effet, une nouvelle constitution démocratique qui accorde le pouvoir exécutif à un chef du gouvernement issu de la majorité parlementaire et non au président de la République, hormis la défense et les affaires étrangères. Nous sommes la seule démocratie politique réelle du Monde Arabe, nous sommes fiers d’en être le phare !

Il faut donc se tourner vers une explication d’ordre économique et social.

Singapour possède en effet une économie prospère et moderne, caractérisée par un environnement ouvert et exempt de corruption, un taux de chômage très bas estimé à 2 % pour 14 % pour la Tunisie, des prix stables et un des PIB les plus élevés par habitant au monde. Il y a une quarantaine d’années, Singapour, comme beaucoup de pays d'Asie, a misé sur un État léger rendant la vie facile aux entrepreneurs. La société tout entière a bénéficié de ce choix.  Le fonctionnement de l’État est exemplaire, la corruption est pratique inexistante, les ministres sont très bien payés …. au mérite et rétribué à la performance ! La fonction publique est obsédée par l'efficacité et l'honnêteté. C'est la raison pour laquelle les fonctionnaires sont extrêmement bien rémunérés, mais révocables.

En 1965, Singapour était un minuscule pays du tiers-monde sans ressources naturelles. L’économie singapourienne, ne s’est orientée vers une économie industrielle, ceci est aujourd’hui impossible avec la domination mondiale de la Chine et de l’Inde dans ce secteur. Elle s’est donc tournée vers le commerce mondial, les services, la domiciliation des entreprises étrangères et la finance internationale. Singapour, est le premier pays au monde où il est le plus facile pour une entreprise de travailler, suivi de la Nouvelle-Zélande et de Hong Kong. Il est aussi l'un des plus prospères. Toutefois, le total des impôts perçus ne dépasse pas 16,5 % du PIB.

Sur le plan social, le système de santé, les Singapouriens cotisent pour leur santé, mais les sommes non dépensées sont réinvesties et rapportent des intérêts. L'île bénéficie ainsi d'un des meilleurs systèmes de soins du monde pour un coût raisonnable.  Quant aux logements, chaque habitant bénéficie d'un habitat de qualité, Il y a une cinquantaine d'années, le Housing and Développent Board (HDB) du ministère du Développement a éradiqué les bidonvilles et construit des logements sociaux de grande qualité, qui représentent 80% du parc habitable et dont la plupart sont devenus la propriété des habitants. Singapour a décidé de se doter d’un système de transports publics moderne, fiable, ultrasécurisé et de faire payer, cher, l'usage des voitures. Singapour est un État de droit dans lequel personne n’est au-dessus de la loi et la loi est la même pour tous, sanctionné par un pouvoir judiciaire indépendant, la justice singapourienne est d’une extrême sévérité, il n’y a presque pas de cambriolages à Singapour, le crime est quasiment inexistant, en 2012 on comptait 11 meurtres pour 5,5 millions d’habitants !

Les clés de la réussite singapourienne ne sont pas impossibles à atteindre. la Tunisie doit appliquer méthodiquement et scrupuleusement ses recettes miraculeuses en se mettant dans le moule de Singapour.

Nous espérons que les capitalistes tunisiens comme  les grands chefs d’entreprises, les banquiers et les industriels qui détiennent la réalité du pouvoir économique, social et politique du fait de leur proximité et de leur  influence inéluctable sur la classe politique et les médias dont ils se servent, grâce à leurs milliards,  pour manipuler l’opinion publique, s’arment de leur patriotisme et délaissent un peu l’investissements à court terme, et les profits immédiats en se mettant à l’œuvre pour mettre en application  les fondamentaux qui ont fait de Singapour d’un État microscopique, un État géant par son économie, ses acquis sociaux et sa bonne gouvernance.  Le prochain gouvernement tunisien qui sera issu des prochaines élections législatives de novembre 2019, doit élaborer un plan pour s’inspirer voire calquer le modèle singapourien en tant compte de nos particularités et en respectant notre Démocratie en herbes.

Singapour avait bénéficié de trois atouts au début de son indépendance en 1965 : 1) Sa position géographique stratégique en Asie, 2) Un excellent et important port moderne hérité de la colonisation britannique, 3) La détermination d’un homme politique, le premier Ministre de Singapour, Lee Kuan Yew, de 1959 à 1990.

Sous l’autorité de Lee Kuan Yew, Singapour devient une République en 1965. Pour développer la croissance économique de cet État sans ressources naturelles, il collabore avec d'autres pays industrialisés, les États-Unis en particulier. Lee a su tirer profit de la situation géographique exceptionnelle de l'île qui devient en quelques années l'un des premiers ports et l'une des plus grandes places financières au monde. 50 années plus tard, Singapour a un succès insolent, qui fait pâlir de honte tout tunisien, qui se respecte, et qui fait porter une lourde responsabilité à tous les hommes politiques mégalomanes, profiteurs, corrompus, négligents ou tout simplement incompétents qui nous ont gouverné de 1956 jusqu’à 2019.

De 1956 à 1987, Bourguiba, promoteur de la laicité de l'Etat et  des droits des femmes en Tunisie malgré tout, suivi du général Ben Ali de 1987 à 2011, aidés par partis politiques respectifs, le Parti socialiste Destourien (PSD) et après lui le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), servis par leurs hauts fonctionnaires et leurs forces de sécurité, avaient mis en effet, l’État tunisien  au service de leurs intérêts égocentriques, égoïstes, individualistes ainsi que ceux de leurs amis capitalistes au détriment du développement de la Tunisie et des classes populaires. Ils ont fait perdre à la Tunisie 65 précieuses années qu’ils ont consacré à leurs plaisirs sadiques en s’adonnant à la répression des libertés individuelles et publiques, au musellement de la presse et des médias et à la torture de leurs  opposants politiques.  Ils ont trahi  la Tunisie et son peuple en perpétuant son sous-développement au lieu de la hisser au niveau de Singapour.

Me Kamel Chaabouni
Avocat






 

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1 Commentaire
Les Commentaires
Justice - 07-11-2019 05:57

Une injustice envers le Grand Leader Bourguiba, ce n est pont du fanatisme,mais justice rendue à cet illustre combattant qui a crée un État Solide ,que les ignares successeurs et les rétrogrades terroristes venus de loin ont réduit l oeuvre titanesque en un sous pays......

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