News - 08.10.2019

Emna Jeblaoui - Les présidentielles: les questions qui s’imposent!

«Une nation fatiguée de longs débats consent volontiers qu'on la dupe, pourvu qu'on la repose, et l'histoire nous apprend qu'il suffit alors pour la contenter de ramasser dans tout le pays un certain nombre d'hommes obscurs ou dépendants, et de leur faire jouer devant elle le rôle d'une assemblée politique, moyennant salaire».
Alexis de Tocqueville, L'Ancien Régime et la Révolution

Alerte aux démocrates à l’heure des coalitions

«La transition en Tunisie », j’ai cessé de trouver les mots pour en parler et j’ai suspendu tout jugement qui permette de m’exprimer depuis 2016 mon dernier papier était intitulé: Transitions démocratiques et économiques en Tunisie: Les opportunités ratées était paru en juillet 2016 chez un confère le Huffington post Maghreb(1)

Depuis, je n’avais plus rien à dire car les règles du jeu avaient été changées et les cartes brouillées depuis 2011, sans que les nouvelles règles aient été bien établies par les principaux acteurs politiques.

Depuis les élections de 2011, l’action de ces acteurs a révélé une réduction de la conception de la démocratie à un raccourci qui cloître l’action politique et la réduit au gain des élections à travers des machines électorales efficaces.Les seules règles qui aient prévalu étaient le rendement moyens des élites politiques et une compréhension tronquée de la démocratie à savoir:

  1. La démocratie c’est organiser des élections libres et transparentes et arriver à une alternance pacifique du pouvoir.
  2. La démocratie c’est avoir voté pour une constitution en janvier 2014 et faire du mieux pour la respecter. Celle-cia révélé plus tard des failles reconnues par tous les acteurs politiques. En effet les acteurs majeurs de l’ARP n’ont pas pu ou voulu trouver un consensus pour élire une cour constitutionnelle et semblent incapables de trouver la majorité voulue (145 voix) par la constitution à cette fin.

Les valeurs de la démocratie n’étaient pas encore intégrées et ne le sont toujours pas et nécessitent encore un long chemin. Ainsi on reste dans la forme de la démocratie et on s’éloigne du fondement de celle-ci. Un fondement basé sur la liberté. Parmi ces valeurs, la valeur de la liberté et je parle ici de valeur de la liberté et entre autre le respect sans failles des libertés individuelles dans les textes et dans la pratique. La liberté est une valeur fondamentale de la démocratie mais certains acteurs politiques semblent n’avoir retenu de la démocratie que l’idée de gagner les élections. Aussi la liberté serait-elle encore un socle important à protéger par plus de lois, plus de sensibilisation et plus d’engagements clairs des acteurs politiques principaux.

Après les législatives tenues le 6 Octobre 2019, les tractations sur les possibles coalitions post-électoraless’avèrent être un exercice qui nécessite beaucoup de doigté. Plus de solidarité entre les démocratesest désormais nécessaire pour le salut du pays. Faites les négociations maintenant puisque vous n’avez pas réussi à les faire avant les élections et vous n’avez pas pu organiser des primaires pour décider quel candidat choisir pour les présentielles ce qui a donné le résultat que nous connaissons.

Il est clair que la nouvelle ARP avec sa composition effritée va nous ramener aux débats de 2011. Débats longs et interminables n’ayant pas été suffisamment exposésaux tunisiensla pédagogie clairequi s’imposait pour permettre aux tunisiens de s’approprier les questions résolues par la constitution de 2014. A l’abcès de l’approche simpliste s’ajoute le nouvel abcès du populisme. En effet, l’abcès des questions identitaires n’a pas été crevé à cause d’un consensus mou qui voulait juste administrer des calmants cachant le vrai mal. Par paresse intellectuelle et par paresse politique sans doute nous allons nous retrouver devant des groupes de parlementaires qui bloqueront le débat sur le projet tant attendu du code des libertés individuelles et embrasseront le processus de composition de la cour constitutionnelle. Ce revirement à droite servira certainement la tendance des islamo-conservateurs.
Bref, les priorités sont nombreuses et les bons leaders sont ceux qui savent déceler quelle est la priorité du moment et savent en outre classer ces priorités. Il est temps après bientôt 9 ans de commencer par bien réorganiser nos priorités.

Mon appel aux élusdu camp démocrate est de s’assoir au plus vite maintenant que chacun connaît son vrai poids électoral.Il s’agira de bien négocier une position dans les 6 mois à venir traçant une feuille de route post-électorale pour lecamp politique progressiste. Le choix de l’opposition semble être le plus judicieux politiquement. En cas d’échec de l’Assemblée à trouver une majorité ils pourront faire si les élections législatives sont refaites des listes communes. Les passions et les conflits seraient alors à calmer.
Faites vos jeux, faites vos négociations et soyez dans l’abnégation et derrière un objectif souvent peu évoqué ces dernières années, celui de l’Intérêt Général.

Les présidentielles de dimanche prochain

Dans la lancée de cette semaine chargée de rendez-vous avec les urnes, les tunisiens sont confrontés au fait de devoir élire un président dimanche prochain.

La question aux candidats est que proposez-vous sur la question délicate des nominations en vue ?

Nous avons un candidat en prison dans une situation inédite pour la démocratie émergente et un candidat muet.

M. Saied, un candidat conservateur est loin d’être le plus rassurant. Il refuse de faire campagne et refuse ainsi d’affronter les questions jusqu’ici non posées.

Aux deux candidats je pose la question, car les tunisiens ont le droit de savoir pour mieux fixer leur choix ce dimanche:

Qui va être votre Ministre de la Défense ? Qui va être votre Ministre des Affaires Etrangères.

En effet, les critères et les noms des candidats proposés aux postes de ministères régaliens n’a pas été clairement posée. Les candidats n’ont pas formulé leurs visions des critères qui doivent régir leur choix pour les ministères en question. Les citoyens tunisiens et notre démocratie émergente a besoin de garanties quant à ces critères parmi lesquels les critères de la compétence, l’expérience de l’Etat et une neutralité infaillible s’avèrent obligatoires.

Le critère de sélection des membres de la cour constitutionnelle, les compétences requises et surtout l’impartialité de ces nouveaux membres devrait faire l’objet d’éclaircissements et d’engagements de la part des nouveaux groupes parlementaires mais aussi de la part du prochain président de la République.

De plus, la Tunisie  siègera pour la 4ème fois au Conseil de Sécurité de l'ONU en tant que membre non-permanent. La Tunisie a été élue, le vendredi 7 juin, membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU avec 191 voix sur 193 pays votants, et y siégera à partir du 1er janvier 2020 pour deux années (2020-2021). Qui va être le représentant de la Tunisie au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Qui va être votre candidat pour le poste du Mufti?

D’ici dimanche il est à espérer que ces questions sérieuses soient exposées malgré cette campagne marquée par les manœuvres, les absences, les silences et les arguments populistes. Soyons aux aguets et souvenons-nous de cette citation de Churchill «un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre».


 

Dr. Emna Jeblaoui
Professeure Universitaire
Directrice Exécutive de l’association IDH

(1) https://www.huffpostmaghreb.com/emna-jeblaoui/transitions-democratiques-et-economiques-en-tunisie-les-opportunites-ratees_b_10772186.html

 

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