Opinions - 17.09.2019

Mohamed Salah Ben Ammar- Elections présidentielles: la révolution par les urnes

Je commençais à peine à me faire à l’idée de la possible présence du candidat Nabil Karoui au second tour que les résultats sont tombés, Karoui et Saied! Depuis maintes analyses tentent d’expliquer ce tsunami dans la vie politique nationale, mais nous restons sur notre faim. Aucune n’est satisfaisante tant le phénomène est complexe. Une analyse plus fine des votes permettra certainement de mieux comprendre le qui du pourquoi. A ce stade une approche sommaire laisse penser que la classe sociale la plus défavorisées a voté majoritairement Karoui et les jeunes diplômés récemment inscrits ont voté Kais Saied.

Il ne s’agit ni de juger et encore moins de dénigrer mais de comprendre. Chacun a voté selon ses convictions. Nous sommes tous fiers de voir grandir notre jeune démocratie et même si je n’approuve pas les choix faits par la majorité de mes concitoyens le 15 septembre, je ne me permettrais jamais de les critiquer. J’aime à penser que la révolution a été faite par eux. Ce vote est un, rejet de ce qui nous a tant de fois révolté depuis 2011. J’ai toujours été convaincu que la révolution a été usurpée par une classe dirigeante qui ne l’a pas faite et qui n’y a jamais cru. Par des tours de passe-passe avec l'aide de quelques grandes fortunes une classe s’est emparée du pouvoir. Elle l’a utilisé à des fins partisanes. Nida et Ennahdha et leurs alliés n'ont pas seulement pris le train en marche, ils l'ont freiné. L’injustice, les déséquilibres régionaux, les jeunes rien n'a changé radicalement. Avec ce scrutin et au moins avec Kais Saied on peut penser que la flamme révolutionnaire sera ravivée par les urnes. C’est moins romantique que les barricades mais c'est un signe de maturité.

Comment ce résultat a-t-il été possible ? D'abord par le rejet des politiciens d'opérette. Tout sépare les deux finalistes, mais les deux n’ont jamais fait de politique? Deux profils radicalement différents mais les deux traduisent la révolte (l’exploitation) contre (des) les inégalités. Une des explications de ce vote refuge est la télévision. Depuis des années Kais Saied bénéficie d’un temps de parole considérable à la télévision. Il a été implicitement admis par les citoyens qu'il était la référence nationale en matière de droit constitutionnel. Systématiquement il a critiqué les orientations, mis en avant les contradictions des choix faits par l’ANC, par la suite, il a régulièrement assuré l’exégèse de la constitution. Le cas Nabil Karoui et l’exploitation de la chaîne Nesma est encore plus flagrant. On pourrait même s’interroger sur le score qu’aurait obtenu Sami Fehri s’il s’était présenté aux élections. Certainement plus que beaucoup hommes politiques. La vie politique animée uniquement par l'image et la polémique génère des dérives soit populistes, soit anti-systèmes. Nous avons eu les deux.

Pourquoi ce désaveu du politique? En fait le gouvernement et les partis politiques ne s'adressaient qu'à 10% des citoyens. Ils se sont pris au jeu des voitures de luxe et des sourires mielleux. Leur gestion du premier quinquennat post-révolution a été catastrophique sur presque tous les plans, la dette publique a été multipliée par deux, l'inflation est à 7.5%, la dévaluation du dinar, le chômage à plus de 15%, les impôts plus 110%, la corruption, l'insécurité... les conséquences se trouvent dans le scrutin du 15 septembre, sachons en tirer les leçons si l’on veut préserver un tant soit peu l’avenir. La première leçon est que pour de multiples raisons les cinq prochaines années seront beaucoup plus pénibles que les précédentes, le président de la république et le chef du gouvernement ne seront pas du même bord, aucun n'aura de programme clair et chiffré, l’ARP sera une espèce patchwork sans réelle majorité, enfin les caisses de l’Etat sont vides et les revendications sont importantes. La seconde et dernière leçon est que la démocratie est une garantie, elle nous a (pour le moment) épargnée une nouvelle révolte sanglante.

Dr Mohamed Salah Ben Ammar

 

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1 Commentaire
Les Commentaires
Anonyme qui suit la politique de son pays qu’il a quitté il y a 40 ans - 18-09-2019 03:52

Votre analyse est intéressante sauf qu’il faudra dans votre prochaine analyse, évoqués toutes les tragédies que le pays a vécu. Les grèves de tous les secteurs, la révolution, les attentas, la perte des touristes, la corruption, de plus notre pays n’est pas riche. Le prochain président et le prochain chef de gouvernement ne feront pas plus de miracle! Les anciens peuvent vous en témoigné! de Mohamed El Ghannouchi à Habib Essid à Youssef Chehed!

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