News - 01.06.2019

Khemaies Jhinaoui: Oui, la Tunisie est prête pour jouer un rôle actif au conseil de Sécurité

Attachement à la légalité internationale, au respect des normes internationales et des institutions internationales, engagement à contribuer à la paix et la sécurité dans le monde et fidélité à une longue tradition diplomatique: la Tunisie place sous cette trilogie sa candidature au Conseil de sécurité de l’ONU. «Dans un monde compliqué aujourd’hui, où le multilatéralisme est remis en question, un petit pays comme la Tunisie considère que l’ONU est le parapluie qui doit protéger tous les pays du monde, notamment les petits pays.» C’est ce que déclare à Leaders Khemaies Jhinaoui, ministre des Affaires étrangères. Interview.

Pourquoi la Tunisie s’est-elle portée candidate au Conseil de sécurité?

La Tunisie estime qu’elle a un rôle à jouer au niveau du maintien de la paix dans sa région et dans le monde. Ce n’est pas la première fois qu’elle sollicite un siège non permanent au Conseil. Elle y avait postulé auparavant avec succès, pour les mandats 1959-1960, puis 1980-1981 et 200-2001. Et elle a réussi sa mission. Cette fois-ci, elle a présenté sa candidature qui a été endossée aussi bien par le groupe arabe que par le groupe africain. Elle se présente ainsi au nom des Arabes et au nom des Africains. J’espère qu’elle pourra contribuer lors de sa mission, son mandat de 2020-2021, à la réalisation des objectifs de paix dans le monde.

Sa position ne sera-t-elle pas délicate lorsqu’il s’agira de trancher de grandes affaires telles que la cause palestinienne, avec le projet américain du Grand Moyen-Orient, les questions africaines subsahariennes, ou le terrorisme?

Vous savez, la Tunisie vient de célébrer le 63e anniversaire de la constitution de sa diplomatie avec la création de ce ministère. Pendant 63 ans, elle a pu accumuler des traditions diplomatiques pour pouvoir gérer ce genre de dossiers quelle que soit leur complexité. Bien évidemment, nous appréhendons cette mission avec beaucoup de sens des responsabilités. C’est une grande responsabilité que de représenter deux régions où se trouve le maximum de conflits dans le monde. Pas moins de 73 % des conflits dans le monde se trouvent en effet soit en Afrique, soit dans le monde arabe. Cela permettra à la diplomatie tunisienne de démontrer de nouveau qu’elle est capable de trouver les formules adéquates pour faire mûrir les solutions en faveur de la paix dans les divers conflits à travers le monde.

Comment la Tunisie s’est-elle préparée pour assumer un mandat aussi délicat?

L’agenda de la Tunisie

Des engagements précis ont été pris par la Tunisie en profession de foi de sa candidature au Conseil de sécurité:

1 - Renforcement des relations avec les partenaires régionaux dans les efforts de consolidation de la paix durable, notamment avec la Ligue des Etats arabes et l’Union africaine

2 - Contribution au règlement pacifique et négocié des conflits, y compris ceux en Afrique

3 - Renforcement de la participation de la femme et de la jeunesse dans les efforts d’intermédiation et de prévention des conflits et leur règlement

4 - Renforcement de la cohésion et de l’efficience au sein des structures de l’ONU pour la lutte contre le terrorisme et adaptation des travaux du Conseil de sécurité en la matière en fonction des besoins des pays faisant face à ces menaces

5 - Accomplissement d’une plus grande efficience des opérations de maintien de la paix

6 - Appui à une réponse collective et consensuelle face aux défis résultant du changement climatique et des menaces cybernétiques

La Tunisie sera aussi un défenseur résolu de la réforme de l’ONU en vue d’accroître son efficacité et de promouvoir son action dans l’exercice de son mandat, notamment pour tout ce qui concerne la mobilisation des efforts pour la mise en œuvre de l’agenda 2030 du développement durable.

On est déjà à pied d’œuvre depuis pratiquement deux ans. Nous avons fait de notre candidature au Conseil de sécurité un thème central de la conférence annuelle des ambassadeurs et des chefs de mission tenue au siège du Département. Ce fut l’occasion d’un grand débat entre nos diplomates venant de partout, parce que le Conseil de sécurité ne concerne pas seulement notre mission à New York ou celle d’Addis-Abeba. Il concerne toutes les missions tunisiennes, bien évidemment, en premier lieu nos missions à caractère multilatéral mais aussi nos ambassades dans les grandes capitales, et surtout celles dans les capitales des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité ainsi que les capitales d’autres pays non membres.

Nous avons commencé à préparer les thèmes qui pourraient éventuellement figurer à l’ordre du jour du Conseil en développant des concept-paper sur ces thèmes-là, qu’on appelle des position-paper pour formuler les positions en fonction de l’évolution de ces thèmes. Cela requiert de la part des diplomates de l’administration centrale un suivi quotidien de l’évolution de ces questions-là afin de se préparer le jour J à faire valoir les positions de la Tunisie.

Parmi ces thèmes, il y a la réforme ou la refonte du Conseil de sécurité. La Tunisie a-t-elle des idées sur le sujet?

Oui, la Tunisie a été parmi les premiers pays à annoncer son soutien à l’effort du secrétaire général d’opérer des réformes au niveau du fonctionnement de l’institution de l’ONU et des institutions qui en dépendent. Il a déjà commencé à entamer ces réformes. Bien évidemment, nous sommes très attentifs à ce qui se passe au sein des Nations unies.

Vous savez, nous vivons dans un monde compliqué aujourd’hui, où le multilatéralisme prôné recule malheureusement. Un petit pays comme la Tunisie, qui s’est toujours attaché à la légalité internationale, au respect des normes internationales et des institutions internationales, considère que l’ONU est le parapluie qui doit protéger tous les pays du monde, notamment les petits pays.

La Tunisie ne peut qu’encourager ce genre de réformes qui tendent à rendre les Nations unies plus efficaces et plus effectives dans leur travail quotidien.

 

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